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Monik Tenday : le regard, la scène et l’envol Monik Tenday : le regard, la scène et l’envol


Dernière partie de notre longue entrevue avec Monik Tenday. Elle se déploie sur elle, sa musique, son style, ses projets, ses combats, etc. Suivez plutôt.
Tu as terminé ton cursus universitaire et tu es retenue comme assistante. Tout va vite. Tu te retrouves un soir au festival Cœur d’Afrique. Mais tu n’es pas programmée. Tu arraches tout de même un quart d’heure de scène. Tu t’accapare de la scène et le lendemain, c’est un contrat qui s’en suit. Comme cela s’est-il passé ?

C’était magique. C’était comme un rêve. Jusqu’aujourd’hui, je continue à dire merci à la personne qui m’a accepté sur scène sans me connaitre. Elle est devenue aujourd’hui manager et fan de Tenday. Le business avec un peu du cœur. C’était le dernier jour du festival. On m’accorde la scène mais sans cacher. Mais à la fin de ma prestation de quinze minutes, j’ai vu le responsable du festival monter sur scène et me remercier. Tout le monde était débout. J’avais exécuté mes chansons « Changa » et « Boyokani ». C’était le départ, le lendemain, j’ai signé un contrat.

Et c’était le début de quelque chose…

Oui, J’ai enregistré mon premier album. Et les horizons commençaient à s’ouvrir. Grace à mon manager, J’ai participé au stage Jazz vision à Brazzaville. On y apprenait notamment la fusion du Jazz avec tous les autres styles. Et après, je me suis retrouvée au Mali. Je venais de recevoir une invitation spéciale de Bonkana Maiga, présentateur de l’émission star parade sur TV5. C’était dans le cadre de son autre émission qui regroupe les cultures de tous les pays africains. En 2008, Je représentais la RDC. J’avais interpréter « Uza kuta mbula to oza kubinee ». J’étais émerveillée de voir des maliens exécuter du Mutuashi comme au Kasaï. En suite, je me suis envolée en Belgique ou j’ai notamment participé à une formation.

Je vous regarde, c’est le titre de votre premier album. Pourquoi ce titre ?

C’était un esprit. Les titres de mes albums sont donnés au regard de l’esprit qui m’accompagne le long de mon parcours. Le premier album était hésitant. Un esprit calme et observateur.

C’était une attitude personnelle, ou tu faisais le porte-parole de la femme ?

Je suis la porte-parole de la femme. La crise à l’Est du Congo, les conditions des femmes, toutes ces crises me font réfléchir. Je suis également victime d’une guerre, bien que je n’aime pas en parler. Je considère que c’était un mal nécessaire pour moi parce qu’aujourd’hui, je vis dans la joie. Peut-être que je devais passée par là pour être celle que je suis aujourd’hui. Peut-être que si j’étais encore à Lubumbashi, je ne serais pas devenue Monik Tenday. Je me rappelle que j’avais quitté le Katanga comme un refugiée à cause des conflits interethniques. Ma famille et moi étions sans défense. Mon père était à Kinshasa en mission de service. Je n’aime pas trop en parler et je ne supporte pas de voir d’autres femmes dans des conditions similaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis très rattachée à ma mère. Elle faisait tout pour nous elle couvrait ainsi les absences de notre père.

Elle nous regarde et ensuite elle prend son envol et c’est Monik Tenday qui s’envole. L’envol, c’est le titre de votre deuxième album. Pourquoi envol ?

J’aime bien ta façon de faire défiler les idées. J’i observé avec le premier album et j’ai compris que c’était le moment pour moi de prendre mon envol. L’envol, c’est un esprit de voyage. Je me disais que c’étais l’occasion de me faire découvrir sous différentes facettes, différents talents. Quelqu’un m’a dit que mon premier album était très réfléchi et le deuxième l’était moins, mais qu’il trouvait très cool. Rires. J’aime ça. Je me suis laissée aller. J’ai fais un voyage au travers de plusieurs styles : reggae raga, mutwashi, rumba, rap, ndombolo, etc. Bref, je me suis bien amusée.

Tu as débuté la musique trop jeune. Enfant, quel était votre rêve ?

Le rêve ! Sourire. J’ai rêvé de faire la scène. Et aujourd’hui, vous ne pouvez pas vous imaginer quel plaisir cela procure. La chaleur, le retour, la communication avec le public. C’est un moment grandiose !

Quel artiste te faisait rêver à l’époque ?

Michael Jackson. Je le trouvais magique et très énergique. C’était un roi. Jusqu’à présent, il me donne la chaire de poule. Sa voix dégageait un charme indescriptible. Sur scène, il était incroyable !

Te voir avec ta famille scène faisait penser aux Jackson Five. Et comme dans la famille Jackson, un seul devait émerger et c’était toi. Tu t’es tellement inspirée du personnage de Michael Jackson au point que dans ton deuxième album, tu as composé une chanson intitulée Blanco Negro, ça rappelle tout de même Black or white du King of pop…
C’est vrai qu’il m’inspire beaucoup. Et je me déchaine un tout petit peu dans la chanson comme dans son clip. Mais le message de Blanco Négro est différent de celui de Black Or White. Dans ma chanson, je mets plus en relief le racisme en général et le tribalisme en particulier. C’est une histoire vraie d’un couple métissé dont la femme était européenne. Minée par un complexe de supériorité, elle a fini par claquer la porte. Par cette chanson, je lance un appel au dialogue des cultures et des civilisations. Il est temps qu’on se rende compte que ce monde ressemble à un arc-en-ciel. En effet, c’est la diversité de couleurs qui font le charme d’un arc-en-ciel.

Apparemment, la société t’inspire…et tu composes Pichi Pichi (toujours dans le deuxième album)

Rires. Oui, je dirais même qu’elle m’inspire beaucoup. Ça aussi, c’est une histoire vraie. Pichi Pichi, c’est mon histoire personnelle. Je me rends compte que c’est quand on tombe amoureux ou amoureuse que les blablas commencent. Lorsque tu t’affiche avec un amour, tout le monde veut tout savoir sur tout alors que l’amour est d’abord une histoire de deux personnes.

Tu quittes la société, tu rentre dans le couple et tu pointe du doigt le chief

Rires. C’est ça le monde et son ambiance. J’aime bien varier les thématiques. Tout le monde peut chanter l’amour, mais il y a diverses façons de le faire. Ainsi, j’ai composé ce titre que j’ai intitulé le chief.
Dans lequel tu as vraiment taquiné les hommes…

Oui. J’ai constaté qu’aucun homme n’est sérieux. Rires. Tous alors. Avant le mariage, ils se montrent tous sérieux, fidèles, attentionnés, etc. Mais une fois dans le mariage, ils se comportent tous de la même manière. Malheureusement, c’est le constat de plusieurs femmes. Je suis artiste. Mon oreille est tendue et reçoit les cris de tout ceux et celles qui souffrent. J’ai côtoyé des femmes - même parmi les plus âgées - qui se confient à moi. Ce n’est pas pour dénigrer. C’est une interpellation. Certes, la société reconnait aux hommes le rôle du chef de la famille. Cependant, il ne faut pas en abuser. La femme voit et comprend tout. Elle n’est pas une idiote. Elle passe souvent sous silence certains écarts de comportement parce qu’elle est amoureuse et tient à la stabilité du foyer.

Dans ce même album, tu quittes la famille, tu rentres dans le monde et tu compose « bourouyeke » : C’est l’histoire d’un anarchiste, quelqu’un qui s’écarte toujours du droit chemin.

Rires. Je chante les réalités africaines. C’est l’histoire d’une femme qui vient aider sa sœur dans son foyer. Mais cette aide ne doit pas dépasser le cadre des travaux managers et surtout pas touche au mari. C’est une chanson traditionnelle kongo. J’y ai ajouté des sonorités urbaines à la sauce kinoise. Dans cette chanson, c’est la femme qui est pointée du doigt. Surtout celles qui étalent leurs armes de séductions massives en désordre. C’est mon style : chanter, danser, faire danser, conscientiser, éduquer, etc.

Ensuite, tu reprends ton tube « le regard d’une femme ». Te considère-tu comme une chanteuse engagée ?

Je suis engagée. Je dis tout haut ce qui se dit tout bas. Je ne peux peut-être pas organiser des conférences. Mais je le fais avec ma guitare, comme une griotte. Je me dis qu’un regard peut envoyer un message. Tout peut se jouer à travers les regards. On dit toujours que derrière un grand homme, il y a une grande femme, mais moi j’ai toujours dis que derrière toutes femmes il y a la main d’un homme. La main est le symbole de protection et de bénédiction

Comment définis-tu la notion de la parité ?

Pour moi, c’est l’égalité des droits. Dans plusieurs domaines, la femme ne peut pas prendre la place de l’homme dans la société. On se complète. Même les différences morphologiques nous différencient.

On revient sur scène. Guitare en bandoulière, une sorte de Lokua kanza ou Jean Goubald version féminine. Ces deux artistes t’inspirent ?

Oui, beaucoup. C’est vrai qu’en RDC, je n’ai pas des modèles. Je ne me retrouve pas en Jean Goubald malgré des similitudes que vous pouvez trouver. Je ne peux pas faire ce qu’il fait. C’est une musique extraordinaire. Je ne peux pas me comparer à lui, mais peut-être que je me faufile dans cette lignée. De même que pour mon grand-frère Lokua Kanza. Il m’a déjà assisté lors d’un concert à Kinshasa. Il m’avait beaucoup apprécié et m’avait prodigué beaucoup de conseils. Je me rappelle qu’Il m’avait promis un featuring. Ces deux artistes sont presque complets. Ils font bien leur travail et ils m’inspirent. J’aimerais également atteindre ce niveau.

Femme, auteur compositeur, interprète, guitariste, etc. qu’est ce te caractérise le plus ?

Je me vois exactement dans la peau de la chanteuse américaine Tracy Chapman. C’est le même esprit. Elle fait exactement ce que je fais, à la différence que moi je suis également enseignante

Tu fais du rap, du Mutuashi, de la rumba congolaise, etc. Comment tu définis ton style ?

Je suis dans le mélimélo. J’aime que tout le monde se retrouve. Je n’aime pas être cataloguée dans un seul créneau. Je varie selon le message. Par exemple, dans ma chanson Umoja, je prône l’unité. Je l’ai interprété dans plusieurs langues congolaises. C’est ça aussi le Mélimélo : l’unité dans la diversité. Je qualifie mon style de « Folk Métissé ». Je parts toujours d’un folk que j’associe à d’autres styles. Si un folk est joué par des instruments modernes (guitare électrique, synthétiseur qui n’est pas le piano encore moins le marimba, etc.), c’est déjà une musique moderne. C’est ça mon style : si ce n’est pas un mélange rythmique, ça sera une mixtion linguistique

Tu reprends des vielles chansons que tu remets en valeur

Effectivement, les chansons folkloriques constituent une richesse indéniable. Je ne peux pas m’en passer. Elles m’inspirent beaucoup. Je trouve qu’on peut y puiser soit la mélodie, soit des paroles, etc.

Même Miriam Makeba s’était appuyée sur la vielle chanson « Pata Pata », qui est un folk populaire en Afrique du Sud pour en faire un tube

Voilà. Mais c’est la manière de les exploiter qui diffère. Il ne faut pas négliger nos sources. Dans mes chansons, j’aime que tout le monde se retrouve.

Tu aimes également des featuring. On t’a vu également à coté du rappeur congolais Baloji

Avec Baloji, je partage des mêmes thématiques. Il a passé également un mauvais quart d’heure similaire au mien. On a enregistré ebeni (invité en tshiluba). Quand c’est comme ça, je ressens des choses qui me montent de l’intérieur. C’est la même chose avec Alex Dende (Lexxus Legal). Avec lui, on a enregistré le remix de sa chanson « le temps de la paix en tshiluba. Dans le même esprit, j’ai fais un featuring avec la rappeuse américaine Tony Blackman. C’était à l’issue d’une formation sur les violences faites à la femme. Le titre de la chanson était love your skin. On a signé ensemble une autre une chanson dans son prochain album. Je viens de faire un autre featuring avec Paty Patcheco, un ancien de Viva la Musica de Papa Wemba.

Tu aimes bien le mélange. Est-ce que tu écoutes tes ainées Abeti Masikini, Tshala Muana, Mbilia Belle, Mpongo Love ?

Rires. Petites, avec mes sœurs, on s’enfermait seules dans la chambres et on dansait la musique de Bozi Boziana. J’apprends également de nos stars féminines. J’aime la lourdeur d’Abeti Masikini, sa façon de vibrer sur les notes. Je l’aime beaucoup. J’appréciais également la voix de la charmante Mpongo Love. Maman Mbilia belle a une voix extraordinaire. Surtout ne me demander pas de chanter comme elle, parce que je ne saurais pas. Rires. J’aime aussi la reine du Mutuashi, Tshala Muana. Je suis très fière d’être congolaise.

Penses-tu avoir ta place dans la musique congolaise d’aujourd’hui dominée par les familles Zaiko et Wenge ?

Moi, je suis comme un oiseau. Je vole et je vois tout le monde. Dans mon vole, j’observe tout le monde et j’enrichis davantage. Au-delà de tout, je fais ma musique selon mes sensibilités et l’ambiance du Congo.

Nous assistons depuis cinq ans à l’émergence des voix féminine avec Barbara Kanam, Cindy le Cœur, Meje 30, Laurette la perle, etc. Penses-tu que c’est la renaissance des voix féminines dans la musique congolaise ?

Effectivement, c’est la renaissance. C’est également mon combat. Nantie de ses potentialités, la femme peut également prendre le devant. A part les voix féminines, je souhaite qu’on rentre à l’époque des reines comme Faya tess, Lucie Eyanga, Mpongo Love, Mbilia Belle, Tshala Muana, etc.

La plupart de chanteuses que j’ai cité, on commencé ou évolue dans l’ombre d’un grand nom de la chanson congolaise. Pourquoi n’as-tu pas fait comme les autres ?

Je ne vois pas un chef d’orchestre me laisser autant de liberté sur scène avec mon micro et ma guitare. Avec mon style, ça aurait été difficile.

Nous approchons la fin de notre entrevue. Auteur-compositeur, interprète, guitariste, enseignante, etc. Deux albums, des voyages, des prix, etc. Tout ça ne vous monte pas à la tête ?

Rires. Je ne sais pas quand ça va me monter à la tête. Non, je ne pense pas que ça arrivera. Mes réussites, mes performances et mes déboires restent dans mon cœur. Je remercie souvent mon Dieu pour sa grâce sur moi et les dons qu’il m’a donné. Ce n’est qu’un début. Je n’ai pas encore fait ce que j’ai toujours visé. Je suis contente de l’appui que je reçois de mes frères.

Un dernier message

Merci pour cette entrevue. Je demande aux mélomanes de me regarder parce que moi également je les regarde. Rires. Je sais que je ne suis pas seule. Depuis quatre mois, mon deuxième album l’envol est sur le marché. Dégustez-le vous ne serez pas déçus. Je vous aime beaucoup.




écrit par Rédaction
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