Monik Tenday : la craie et la guitare

Auteur compositeur, interprète, guitariste, comédienne, enseignante, etc. Monik Tanday porte à la fois un regard d’artiste et d’académicienne de la scène musicale congolaise. Dans cette première partie de notre longue interview-découverte, découvrez une intellectuelle qui parle d’elle et de ses projets professionnels. La deuxième et dernière partie sera axée sur sa carrière musicale, ses albums, son style, ses rapports avec ses collègues stars de la chanson congolaise, ses folies, ses regrets, ses joies, etc. Avant cela, suivez ceci...
Bonjour Monik Tenday ! Comment vous sentez-vous ?
Bonjour ! Je me sens bien. Je me sens vivante (Rires)
Vous avez débuté à l’église à Lubumbashi. Vous composiez à l’époque un groupe musical avec votre petite famille avant de vous envoler à Kinshasa. Quel rôle à jouer justement la famille dans votre carrière musicale ?
Si vous prêtez attention à ma musique, vous reconnaitrez quelques mélodies luba. C’est ma mère qui m’a initié à la musique. Je la considère comme m’a bibliothèque vivante. C’est auprès d’elle que je puise quelques vieux textes du folklore luba. L’apport de ma famille va au-delà de l’aspect artistique. Je suis née dans une famille chrétienne et j’ai grandi pratiquement à l’église. Chaque dimanche, mes deux parents et mes sœurs chantaient pendant que mon frère et moi chantaient du gospel. Jusqu’aujourd’hui ma famille continue à me soutenir, bien que je sois la seule à continuer dans l’art d’Orphée.
Auteur-compositeur et guitariste de talent, comment s’est passé votre rencontre avec la guitare ?
J’ai commencé la musique à l’âge de 11 ans. A 14 ans, je jouais déjà mes premiers accords de guitare : do fa sol que j’avais appris de moi-même en observant les doigts de mon père. Voyant ma passion, mon père m’avait alors fait cadeau d’un beau livre d’initiation à la guitare. Et c’était le départ. Ensuite, j’arrive à Kinshasa. Après des études secondaires en pédagogie générale et en suivant les conseils de ma sœur, je m’inscrivais alors à l’Institut National des Arts (INA) en 2000 où j’ai suivi, avec succès, un cursus de 4 ans (option Guitare). Au regard de mon parcours, l’INA s’était décidé de me retenir comme enseignante (Chargée de Pratiques Professionnelles) d’abord à l’école d’application (INAS) en remplacement d’un éminent professeur.
Etre retenue enseignante après le cursus, une chance ou une récompense ?
Je me sens gracieuse. Je crois en la bonne étoile divine qui guide mes pas et me distingue toujours au milieu de la foule.
Vous vous y attendez ?
Non pas du tout. J’avais hésité. Je n’avais pas accepté la proposition sur place. J’avais demandé un temps de réflexion. J’avais besoin de me concentrer et d’avoir des idées claires de ce que sera ma vie post université. Bien que j’avais déjà une base en pédagogie. Poussée par des amis et la famille, j’ai enfin accepté de prester comme enseignante. Je me disais à l’époque que ne c’étais que pour trois mois. Petit-à-petit, j’y ai pris gout. Je me sentais davantage comme un poisson dans l’eau.

Aujourd’hui vous enseignez des artistes. Quelles impressions vous avez ?
C’est un plaisir quand un ancien étudiant me dit « c’est vous qui m’avez appris mes premiers accords, mes première notes, etc. C’est toujours un honneur. Il y a même des artistes de renom don je tais les noms qui veulent apprendre davantage. Je reçois souvent des artistes de tous bords qui ont le souci d’apprendre soit des nouveaux styles ou carrément la musique classique. L’écriture musicale est une référence mondiale.
Vous avez certainement des projets dans l’enseignement…
Je reste ambitieuse. Je ne me contenterais pas de mon titre actuel de Chargée des Pratiques Professionnelles. J’ai envie d’aller le plus loin possible sur les plans scientifiques et académiques : Pourquoi pas devenir un Professeur Ordinaire ? Mais parallèlement, j’adore la scène et je pense évoluer comme cela. Je rumine également un projet de création d’une école de musique. Aujourd’hui, l’INA est la seule institution qui forme des artistes musiciens et comédiens à Kinshasa. Je crois qu’il faut multiplier des initiatives dans ce sens pour hausser davantage la qualité de notre art.

Puisse qu’on parle de la formation, quelle est la place de l’INA dans l’univers artistique congolais ?
L’INA ne forme des stars. Je vais expliquer par des illustrations pour une meilleure compréhension. Vous pouvez être un grand guitariste, mais si vous n’êtes pas à mesure de lire la musique vous serez très limité. Je connais un vieil artiste congolais respecté en RDC comme à l’étranger qui m’a avoué que le fait pour lui de ne pas pouvoir lire la musique constituait un vrai handicap. Aujourd’hui, il exhorte d’autres artistes pratiquants à rejoindre l’INA. L’INA canalise, rationalise et perfectionne les talents.
(Deuxième partie : ce vendredi)
Kinshasa ça bouge

